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ᴅ‑Ribose : Un sucre thérapeutique

Le ᴅ‑ribose est une molécule naturelle de pentose (c’est-à-dire un sucre à cinq atomes de carbone), qui sert d’intermédiaire dans la production d’adénosine triphosphate (ATP) à l’intérieur des mitochondries cellulaires [1]. L’ATP est l’unité de base énergétique de la cellule. Le ᴅ‑ribose a, pour cette raison, été étudié en rapport avec diverses questions liées à l’activité musculaire, dont l’amélioration des performances chez les sportifs, la fatigue chronique et la fibromyalgie, ainsi que le fonctionnement du cœur. Cet article va s’intéresser aux données concernant le rôle du d-ribose dans ces conditions différentes.

Amélioration des performances

Les réserves musculaires d’ATP s’épuisent rapidement au cours de l’effort. La reconstitution du taux d’ATP peut demander plusieurs jours, ce qui « en définitive, peut nuire aux performances et à la capacité de s’entrainer chaque jour » [1]. Une supplémentation en ᴅ‑ribose pourrait aider à produire de l’ATP musculaire au rythme de l’effort [1].

Dans un essai croisé à double insu, 26 personnes en bonne santé ont reçu chaque jour 10 g soit de ᴅ‑ribose, soit de dextrose, pendant cinq jours [1]. Les deux premiers jours étaient des jours de récupération, au cours desquels les participants se reposaient en suivant le traitement prescrit. Les trois jours suivants, les participants étaient soumis à des exercices intermittents de forte intensité d’une durée quotidienne de 60 minutes, comprenant des séances de vélo suivies d’un test de capacité énergétique de 2 minutes. Les résultats montrent que l’énergie moyenne et l’énergie maximale étaient plus fortes dans le groupe ayant reçu le ᴅ‑ribose que dans le groupe ayant reçu la dextrose. En outre, l’effort perçu était moins élevé dans le groupe ᴅ‑ribose, de même que la présence de créatine kinase, un marqueur sanguin de dommages musculaires, témoignant de la meilleure performance et du moindre taux de lésions musculaires associés à la supplémentation en ᴅ‑ribose.

Activité cardiaque

Le cœur étant un muscle spécialisé, une supplémentation en ᴅ‑ribose pourrait donc bénéficier aussi à son fonctionnement. Une étude prospective croisée, randomisée, et à double insu a évalué l’effet comparé du ᴅ‑ribose et d’un placébo pendant trois semaines, chez 15 patients atteints d’une maladie coronarienne et d’insuffisance cardiaque [2]. Les résultats montrent que les patients traités avec du d-ribose présentaient une meilleure activité diastolique, c’est-à-dire lorsque le cœur est relâché et non contracté, que ceux ayant reçu le placébo. Plus précisément, l’administration de ᴅ‑ribose a entrainé une plus forte contribution auriculaire au remplissage du ventricule gauche, une réduction de l’oreillette gauche, et une décélération de l’onde E détectée par échocardiographie. La supplémentation en d-ribose avait également amélioré de façon significative la qualité de vie des patients [2].

Une récente étude pilote menée auprès de 11 patients atteints d’insuffisance cardiaque de stades II à IV de la New York Heart Association a révélé que la supplémentation en d-ribose avait amélioré les paramètres cardiaques chez certains patients sur une période de six semaines. Les patients étaient supplémentés à 5 g de ᴅ‑ribose par jour. Après six semaines, 64% d’entre eux montraient une amélioration de la vitesse Dopler tissulaire, un moyen de mesurer l’activité cardiaque systolique et diastolique [3]. Après avoir observé quelques tendances positives supplémentaires, les chercheurs ont conclu que des études plus poussées sont nécessaires.

Un récent article examine les bienfaits possibles du ᴅ‑ribose contre les maladies coronariennes, dans lesquelles le rétrécissement des artères coronaires par l’athérosclérose entraine une réduction de l’apport d’oxygène au cœur, ce qui peut, dans les cas graves, provoquer un angor ou un infarctus [4]. L’article suggère que, puisque l’ischémie se traduit par une réduction de la production d’APT ou d’énergie dans le muscle cardiaque, une supplémentation en d-ribose permettrait d’atténuer cet effet [4]. De fait, le d-ribose s’est révélé « augmenter le niveau d’énergie cellulaire et améliorer le fonctionnement cardiaque à la suite d’une ischémie, lors des études précliniques » [4]. Chez des souris atteintes d’hypertrophie ventriculaire droite due à une mauvaise oxygénation et à une maladie coronarienne, la supplémentation combinée en ᴅ‑ribose et en créatine « a presque complètement inversé » les effets néfastes de l’hypoxie [5].

Fibromyalgie

Une étude pilote a porté sur 41 patients atteints de fibromyalgie ou du syndrome de fatigue chronique, qui ont reçu 5 g de ᴅ‑ribose trois fois par jour (soit 15 g par jour) pendant 18 jours. Au terme du traitement, près de 66 % des patients faisaient état d’une hausse de leur niveau d’énergie, de 45 % en moyenne, et d’une amélioration moyenne de 30 % de leur bien-être général [6].

Diabète

Pour finir, on s’est récemment interrogé sur l’innocuité du ᴅ‑ribose pour le diabète. Une étude a suggéré, sur la base de tests indirects sur des animaux et sur des humains, qu’aussi bien le glucose que le ribose endogène pourraient réagir à l’hémoglobine du sang pour former de l’hémoglobine glyquée, appelée aussi hémoglobine A1c (HbA1c) [7]. En réalité, cette étude ne comportait pas de supplémentation animale ou humaine en ᴅ‑ribose, étant plutôt basée sur le lien positif entre le taux d’HbA1c et le taux de ᴅ‑ribose constaté dans le sang ou dans l’urine. C’est, au mieux, suggestif, mais certainement pas concluant. Le taux d’HbA1c est néanmoins important, puisqu’il est utilisé comme indicateur de la glycémie moyenne chez les patients diabétiques, et l’on s’interroge si la supplémentation en ᴅ‑ribose pourrait augmenter la concentration de ce marqueur ; et aussi si cela aurait un effet négatif sur le développement du diabète.

Une autre étude a évalué l’effet sur le taux d’HbA1c d’une supplémentation en ᴅ‑ribose chez l’animal in vivo [8]. Deux groupes de chevaux de course pur-sang ont reçu 30 et 50 g de ᴅ‑ribose par jour pendant 17 semaines ; leur entrainement se poursuivait pendant cette période. À la fin de l’étude, on n’observait aucune augmentation détectable dans leur taux sanguin d’HbA1c, les chercheurs notant en outre que les chevaux avaient une meilleure récupération musculaire et moins de crampes. Cette étude apporte une preuve, plus solide que dans l’étude précédente, que le d-ribose n’a probablement qu’un effet minime sur l’HbA1c chez l’homme.

Conclusion

Le ᴅ‑ribose est une molécule de sucre thérapeutique pouvant avoir des effets positifs sur le fonctionnement musculaire dans divers contextes, dont l’activité sportive, les maladies coronariennes, et l’insuffisance cardiaque, ainsi que dans la fibromyalgie et la fatigue chronique. La supplémentation en ᴅ‑ribose semble n’avoir que peu d’effets sur le taux d’HbA1c chez l’homme.

Références

  1. Seifert, J.G., A. Brumet, et J.A. St Cyr. « The influence of ᴅ‑ribose ingestion and fitness level on performance and recovery. » Journal of the International Society of Sports Nutrition, Vol. 14 (2017): 47.
  2. Omran, H., et autres. « ᴅ‑Ribose improves diastolic function and quality of life in congestive heart failure patients: A prospective feasibility study. » European journal of heart failure, Vol. 5, No. 5 (2003): 615–619.
  3. Bayram, M., J.A. St Cyr, et W.T. Abraham. « ᴅ‑Ribose aids heart failure patients with preserved ejection fraction and diastolic dysfunction: A pilot study. » Therapeutic advances in cardiovascular disease, Vol. 9, No. 3 (2015): 56–65.
  4. Shecterle, L.M., K.R. Terry, et J.A. St Cyr. « Potential clinical benefits of ᴅ‑ribose in ischemic cardiovascular disease. » Curēus, Vol. 10, No. 3 (2018): e2291.
  5. Caretti, A., et autres. « Supplementation of creatine and ribose prevents apoptosis and right ventricle hypertrophy in hypoxic hearts. » Current pharmaceutical design, Vol. 19, No. 39 (2013): 6873–6879.
  6. Teitelbaum, J.E., C. Johnson, et J. St Cyr. « The use of ᴅ‑ribose in chronic fatigue syndrome and fibromyalgia: A pilot study. » Journal of alternative and complementary medicine, Vol. 12, No. 9 (2006): 857–862.
  7. Chen, X., et autres. « ᴅ‑Ribose as a contributor to glycated haemoglobin. » EBioMedicine, Vol. 25 (2017): 143–153.
  8. Sinatra, S.T., et C. Caiazzo. « ᴅ‑Ribose supplementation in the equine: Lack of effect on glycated plasma proteins suggesting safety in humans. » Journal of the American College of Nutrition, Vol. 34, No. 2 (2015): 108–112.